La tempête « Alex » ayant contrarié mes plans, bien petit déboire par rapport au drame supporté par les habitants du sud-est, j'ai mis à profit ce samedi fort maussade où il n'est pas raisonnable de mettre un appareil photo dehors, pour vous présenter ce fil.
Dés le début du mois de septembre, vous vous en doutez, seul le brame m'occupe l'esprit. Cette année, il s'annonce très chaud, car les températures avoisinent encore les 35 degrés à l'ombre. Comme tous les ans, je me consacre d'abord à la forêt Landaise proche de chez moi, et cela jusqu'au quatrième week-end de septembre. J'irai passer les 3 week-ends suivants dans les Pyrénées, si les conditions météorologiques sont favorables. En effet si les cerfs dans la vallée où je loge et autour des villages, brament dès le 10 septembre, ils ne m’intéressent pas, car le dérangement est important. Je préfère ceux qui restent en altitude qui brament, eux, beaucoup plus tard, rarement avant le 25 septembre et qui sont très peu dérangés. Ce phénomène s'explique sûrement par le fait que les biches qui restent en altitude tombent en chaleur plus tard afin que les naissances des faons se fassent après la fonte de la neige.
Les 9 premiers affûts landais se sont tous soldés par une bredouille et je dois dire qu'en ce 19 septembre, j'ai le moral au plus bas. Il y a eu, bien sûr, la sortie d'un sanglier le 8 septembre qui est venu se bauger, mais cela est bien loin de satisfaire mes attentes ! Pendant le brame, seuls comptent les cerfs.
Photo : 1 (4000 iso 300mm f/2,8 1/400ème)
Ce soir, un sanglier sort et vient se souiller devant l'affût. Il se vautre dans tous les sens et boute la terre avec son groin.
Le voilà maintenant assis sur son cul, dubitatif.
Il repartira tranquillement, me laissant à mon tour perplexe, car pas un seul cerf ne brame aux alentours. C'est le calme plat...
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Afin de dissiper mes doutes, j'ai décidé de passer la nuit du 18 au 19 septembre dehors, afin de sillonner, en voiture, la forêt et de repérer l'endroit où cela brame le plus. A 6h 00 je fais le point et je choisi de retourner où j'étais vers 4h 00. En effet, 3 cerfs se répondaient à quelques centaines de mètres les uns des autres. A 6h 20, ils brament toujours et je prends la décision de tenter l'approche de celui qui me paraît le plus excité. Il y a bien des années que je ne pratique plus cette méthode, mais je suis tellement dépité que j'ai besoin de voir un cerf bramer ! Après avoir vérifié le vent, je m'engage dans une allée qui longe la parcelle de pins au milieu de laquelle il brame. A ce sujet, et désolé pour les Landais, qu'est-ce qu'elle est triste cette forêt Landaise, entièrement artificielle où les pins poussent en rang d'oignons, dans une uniformité déprimante. Pour avoir fréquenté pendant des dizaines d'années les forêts de Basse et de Haute-Normandie, je vous assure qu'il n'y a pas de comparaison possible. Enfin, revenons à notre cerf. Il avance lentement, mais régulièrement. Je repère alors un petit layon sur ma gauche qu'il devrait traverser dans quelque temps. Je m'y engage silencieusement et après environ 200m, je m’arrête pour écouter. Il brame de moins en moins souvent et de moins en moins fort, au fur et à mesure que le jour se lève !
Néanmoins, il semble toujours se déplacer et venir vers moi.
Je me mets à genoux derrière le monopode et je me recouvre d'un filet de camouflage.
Photo : 2 (5000 iso 300mm f/2,8 1/400ème)
Il est 7h 45, lorsqu'une biche sort dans le layon.
Le cerf ne tarde pas à sortir à son tour, malheureusement, il ne bramera pas.
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Cette rencontre furtive est bien loin de combler mon attente. Elle a tout de même le mérite de me remotiver pour retourner à l'affût. En effet apercevoir un cerf traverser un layon, une allée ou un pare-feu ne provoque plus, chez moi, la moindre montée d'adrénaline. D'ailleurs, je n'ai conservé que 2 photos sur la quarantaine réalisées en cette occasion, plus pour l'ambiance matinale que pour l'émotion. Non, le Graal auquel j'aspire et de voir vivre le cerf devant moi pendant plusieurs minutes voire plusieurs heures et pour cela rien de mieux que l'affût !
C'est donc avec une motivation retrouvée que je m'installe à 15h 00 sur ma place de brame fétiche en forêt landaise. L'affût est constitué par 2 pins, en bordure de la clairière, accolés l'un à l'autre dont les troncs s'écartent à 1,30m du sol ménageant ainsi une fenêtre. Une branche que j'ai coupée à la bonne longueur, et que je coince entre les troncs, me permet de suspendre un filet de camouflage. Le boitier est placé sur monopode pour prendre les photos debout. L'installation est aisée et rapide. L'attente se fait en position assise, sur un pliant, au milieu des fougères, à travers desquelles je peux observer la clairière miraculeusement entourée de quelques chênes centenaires, ce qui lui donne un charme certain. Si quelque chose se présente, je n'ai qu'à me lever doucement derrière les troncs pour être en position.
Pour l'heure, rien ne bouge et tout est calme. Je relis pour la énième fois « La forêt perdue » de Genevoix, avec toujours autant de plaisir d'ailleurs, lorsque j'entends un brame. Il est 18h 30. Rien à voir avec un raire traduisant une excitation, non, c'est un brame lent, modulé, feutré, tout en retenue plutôt comme celui que pousse un cerf qui vient de se lever et qui signale à d'éventuel congénère qu'il est sur pied. J'estime qu'il est à environ 300m de moi sur ma droite. J'attends quelques minutes debout derrière les troncs et comme rien ne se passe, je me rassois et je reprends ma lecture.
J'ai tout juste le temps de lire quelques pages, lorsque j'entends un bruissement dans la végétation. A travers le rideau de fougères qui me dissimule, j'aperçois, alors, 2 empaumures qui avancent tranquillement à une vingtaine de mètres de moi ! Mon premier réflexe, que je tempère aussitôt, est de me lever pour me mettre en position, mais le cerf est beaucoup trop près pour cela. Je dois rester assis et attendre qu'il passe sur ma droite et s'éloigne un peu. Je l'observe pendant qu'il traverse la ceinture de molinies qui entoure la clairière. En quelques secondes qui semblent des heures, il disparaît derrière les 2 troncs qui sont devant moi. Je peux alors me lever doucement et coller mon œil au viseur. Il est là devant l'affût, à environ 40m. Je vérifie les réglages de l'appareil photo et me voilà près.
Photo : 3 (400 iso 300mm f/3,5 1/640ème)
La première photo est toujours redoutée à ces courtes distances, surtout lorsqu'il s'agit d'un grand cerf adulte. Mais tout se passe pour le mieux, il boit paisiblement et ne réagit pas le moins du monde au premier déclic. Je m'autorise même une petite rafale qui ne lui fait même pas lever une oreille. « Cernunos » est avec moi ! Me voilà rassuré et je n'ai plus qu'à profiter pleinement du spectacle qui s'annonce.
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Photo : 4 (400 iso 300mm f/3,5 1/640ème)
Après s'être désaltéré plusieurs fois, il relève la tête et se met à bramer. Cette fois, il s'agit bien d'un brame de défi, puissant et tenu qui traduit son excitation ! J'aime beaucoup cette position de ¾ dos qui me permet d’apprécier toute la puissance de ses empaumures.
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Photo : 5 (400 iso 300mm f/3,5 1/400ème)
Il se met ensuite à gratter la vase. D'abord avec l'antérieur droit...
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Photo : 6 (400 iso 300mm f/3,5 1/500ème)
Puis avec le gauche. Debout, derrière mon arbre, je devine comment tout cela va se finir et pour tout vous dire, je suis aux anges !
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Photo : 7 (400 iso 300mm f/3,5 1/800ème)
Il se met ensuite à raffûter, labourant violemment la boue avec ses bois, et là encore, ce qui devait arriver, arriva ! (la prochaine photo est déconseillée aux personnes pudiques.)
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Photo : 8 (400 iso 300mm f/3,5 1/800ème)
En pleine érection, il éjacule et urine à de nombreuses reprises pour imprégner le sol de son odeur et ainsi marquer son territoire. A ce propos, j'ai lu un jour un article où l'auteur écrivait que le brame était un mélange de subtiles odeurs. Sans doute, mais dans le cas présent, je peux vous garantir que son odeur est bien affirmée et qu'elle sature mon médiocre nez de fumeur ! On est très loin de la senteur délicate de la rose !
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Photo : 9 (400 iso 300mm f/3,5 1/640ème)
Au risque de vous lasser un peu, je vous présente cette photo qui fait un peu doublon avec la 7 car je trouve qu'elle met bien en évidence la puissance de ce cerf. Bien campé sur ses appuis, les bois arc-boutés contre la terre, il ne fait pas semblant le gaillard !
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Photo : 10 (400 iso 300mm f/3,5 1/400ème)
Comme si cela ne suffisait pas, il remet quelques coups de pattes de façon à parfaitement répandre tous ces effluves.
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Photo : 11 (400 iso 300mm f/3,5 1/400ème)
Enfin, quand tout est à sa convenance, il fléchit l’antérieur droit et se couche. Je vous fais grâce de toute la séquence pour ne pas être trop redondant.
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Photo : 12 (400 iso 300mm f/3,5 1/640ème)
L'objectif est maintenant de se rouler dans la boue pour se débarrasser et se protéger des parasites. Mais pour l'instant et pour paraphraser le poète, ses bois de géant, l’empêchent de se tourner.
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A suivre...
(la suite sera sans doute pour lundi ou mardi prochain, car si la météo est favorable, je serai en montagne le week-end à venir.)